La réserve fédérale des Etats-Unis est l’équivalent outre-Atlantique de la banque centrale européenne. Elle est de création récente : 1913. Donc, a priori, il ne serait pas plus difficile de l’abolir en 2009 qu’il ne fut difficile de la créer 96 ans auparavant. C’est ce que propose Ron Paul dans son programme électoral. Pour lui, c’est le combat de toute une vie.
Le rôle de la banque centrale est très mal compris par le public, et souvent encore plus mal compris par les soi-disant experts en économie. Néanmoins, on sait plus ou moins que la banque centrale « contrôle la monnaie ». Qu’est-ce cela veut dire au juste, « contrôler » une monnaie ?
L’or
Aux temps pas si lointains où la monnaie était « sonnante et trébuchante », c’est-à-dire faite de pièces d’or et d’argent, nul besoin de la contrôler. Il n’y avait pas de banques centrales. C’est parce qu’il était alors impossible de « créer » de la monnaie à partir de rien. Le seul moyen de créer une pièce d’or était de découvrir une mine, de creuser profondément, d’en extraire du minerai, de l’affiner, et de le fondre en pièces d’or. C’était beaucoup de travail...
C’est cette difficulté extrême de production qui garantissait, et garantit encore, la valeur de l’or. La valeur d’une chose est proportionnelle à sa rareté. Si, d’un coup de baguette magique, on pouvait doubler du jour au lendemain la quantité de pièces et de lingots d’or en circulation, alors leur valeur serait divisée par deux. L’or est apprécié dans tous les pays du monde précisément parce qu’il est difficile à produire.
La quantité de monnaie
Ce petit détour par l’étalon-or nous permet de mieux comprendre ce que veut dire « contrôler » la monnaie-papier. Cela veut dire contrôler la quantité de monnaie. La mission de la réserve américaine est donc de décider du nombre de dollars en circulation.
Il y a 3 possibilités : soit elle réduit le nombre de dollars en circulation, soit elle le garde constant, soit elle l’augmente.
Or, il n’est jamais dans l’intérêt des hommes d’état de réduire la quantité de monnaie-papier en circulation. Ça veut dire engranger une certaine quantité de monnaie par l’impôt (qui est impopulaire), puis la détruire plutôt que de la dépenser à des projets qui augmentent leur pouvoir personnel sur le reste de la société. Il n’y a aucune chance que ça arrive.
De plus, si on voulait garder la quantité de monnaie constante, alors on n’aurait pas besoin de monnaie-papier et de banques centrales, on pourrait utiliser les pièces d’or et d’argent.
Donc il n’existe qu’une seule et unique raison d’avoir une banque centrale : pour augmenter la quantité de monnaie en circulation.
La planche à billets
C’est comme le gouvernement français à la fin du XVIIIème siècle : il a créé les « assignats » pour pouvoir en imprimer autant qu’il voulait. Il en a imprimé tellement qu’à la fin les assignats ne valaient plus rien du tout.
Aujourd’hui, la plupart de votre argent n’est pas sous forme de billets de banque planqués sous le matelas. Il est sous forme de compte en banque : c’est un jeu d’écriture entre vous et votre banque qui dit que vous avez tant d’euros sur votre compte.
Donc la banque centrale n’augmente plus la quantité de monnaie en faisant fonctionner la fameuse « planche à billets ». Elle l’augmente en faisant un jeu d’écriture entre elle-même et les banques commerciales où le public a ouvert des comptes. Par exemple, le 9 août 2007, la banque centrale européenne a créé 95 milliards d’euros à partir de rien grâce à ce petit jeu d’écriture, et la réserve fédérale a créé 25 milliards de dollars de la même manière.
Comme la masse monétaire M1 de la zone euro était de 3770 milliards d’euros, cela veut dire que la valeur des euros dans votre compte en banque a baissé de 2,5% en une journée. Sans que personne ne vous demande la permission.
Maintenant vous comprenez pourquoi il faut abolir la banque centrale ?
Gagnants et perdants
Quand la banque centrale fabrique de la monnaie à partir de rien, qui y gagne et qui y perd ? Il faut visualiser le système monétaire comme une série de cercles concentriques, avec la banque centrale au centre, et le commun des mortels à la périphérie.
La banque centrale, au centre du système, crée de la monnaie et l’utilise immédiatement pour augmenter son pouvoir sur le reste de la société, donc elle c’est la première gagnante. Les grosses banques d’affaires qui ont un compte auprès de la banque centrale et un accès privilégié au marché des emprunts d’état constitue le deuxième cercle, ils sont parmi les premiers à recevoir la monnaie ainsi créée, donc ils sont aussi gagnants. Ils peuvent s’en servir pour la prêter à d’autres et empocher une bonne commission. Et ainsi de suite. Quand l’argent créé au centre du système arrive à la périphérie, c’est-à-dire au travailleur, au rentier, aux gens normaux, ceux-là ont vu les prix de tout ce qu’ils consomment augmenter et le pouvoir d’achat de leurs économies réduit, donc ce sont eux les perdants.
Plus on est éloigné du centre du système financier, plus la création de monnaie agit comme une taxe. En quelque sorte, le 9 août 2007, la banque centrale a prélevé une taxe de 2,5% sur les économies de tous les Français (sauf les banquiers). Sans leur dire. C’est ce que Ron Paul appelle « inflation tax ».
Inflation
L’inflation, ce n’est pas la hausse des prix. L’inflation, c’est la hausse de la quantité de monnaie en circulation. La hausse des prix est un indicateur statistique arbitraire inventé par ceux qui créent l’inflation (les hommes d’état) pour mesurer l’impact néfaste de leurs activités sur le peuple.
Les hommes d’état ne veulent pas trop pressurer le peuple, de peur qu’il ne se révolte. Ils ont remarqué, au fil du temps, que le peuple ne se révolte pas si la hausse des prix est de l’ordre de 2% par an. Cela pose donc une limite à la vitesse de création de monnaie. Il est utile à la banque centrale de garder un œil sur la hausse des prix afin de savoir si elle a encore beaucoup de marge pour augmenter la quantité de monnaie, ou si ça devient « trop visible ».
Peu à peu, l’indice de la hausse des prix est aussi devenu un formidable outil de manipulation de l’opinion publique. En trichant sur la formule, et en manipulant les données, il est possible de publier des chiffres qui n’excèdent pas 2%, alors que les consommateurs de base sentent bien que le pouvoir d’achat de leurs billets de banque diminue de 5% à 10% par an. La publication « officielle » de chiffres rassurants sème suffisamment le doute dans les esprits pour que les gens ne se révoltent pas.
Faux-monnayeurs
En conclusion, il n’existe strictement aucune différence entre les activités de la réserve fédérale américaine et celle d’un faux-monnayeur. Tous les deux créent de la monnaie à partir de rien du tout pour leur propre bénéfice et celui de leur premier cercle de complices, aux dépens des gens normaux qui utilisent cette monnaie-papier comme réservoir de valeur.
La vérité est que les gens dépendent de la monnaie pour faciliter la division du travail : le troc, ça n’est pas pratique ! Ayant reconnu cette dépendance, le gouvernement s’est décidé à s’emparer par la force de la monnaie afin d’en abuser pour augmenter son pouvoir sur le reste de la société. La banque centrale est l’instrument par lequel la mafia politico-financière au pouvoir exploite les gens normaux. C’est pour cela que Ron Paul veut l’abolir.
Gallatin

